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Pour un temps qui n’est pas encore venu

Trois mélodies sur des poèmes de Lucie Taïeb

2025

Commande d’Axel Bauni

Yves Balmer

ca. 15 minutes

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Piano et voix

Ce cycle de trois mélodies a été composé sur des poèmes de Lucie Taïeb, extraits de son recueil Peuplié (Éditions Lanskine, 2019). Née en 1977, Lucie Taïeb est écrivaine, traductrice et universitaire. Elle enseigne les études germaniques à l’université et poursuit une œuvre où poésie et prose entretiennent un lien étroit avec la langue allemande, la mémoire, la métamorphose et la disparition. Peuplié, traversé par une poésie prosaïque au lyrisme brisé, place au centre les dernières histoires d’amour de deux personnages fictifs, Fredinand Man et Liesl Wagner, tout en explorant « l’aventure d’un arbre qui devient verbe ».

Pour Lucie Taïeb, Peuplié est aussi un voyage de l’esprit à travers l’Europe germanophone, un lieu où l’on « croise, en pensée ou dans le texte, Heine, Apollinaire, Hölderlin, Bachmann ». C’est enfin, écrit-elle, un lieu « où des questions sont posées à chacun, sans attendre de réponse : comment accepter ce qui ne peut l’être ? Comment renaître de ses cendres ? La poésie est-elle dépeuplée ? Comment faire encore trembler le poème, comme tremble la cime de l’arbre, dans un mouvement multiple, harmonieux, communicatif ? »

Chacune des trois mélodies adopte une perspective différente dans ce récit fragmentaire. La première décrit Fredinand, vu par un narrateur indéterminé, peut-être le peuplier lui-même. Le piano y est écrit à une seule voix, comme une ligne souple et sinueuse qui s’enroule autour du chant, tel un lierre autour d’un tronc. Peu à peu, cette ligne se densifie en accords qui finissent par contribuer à l’étouffement du personnage.

La deuxième mélodie est un texte de Fredinand adressé à Liesl. Il y décrit sa fascination croissante pour l’arbre, jusqu’à voir sa propre vie entrelacée à celle du peuplier, comme si les frontières entre le végétal, l’humain et le verbe se dissolvaient.

La troisième mélodie est un texte de Liesl, sans doute lu par Fredinand, dans lequel elle décrit une forêt. Le décor paraît d’abord idyllique, presque enchanté, mais l’on comprend peu à peu que ce lieu, plein de profondeur et d’ombres, recèle un traumatisme inavoué. L’écriture musicale évoque le mouvement rapide et délicat des feuilles qui filtrent le soleil et le vent : toujours semblable et toujours autre ; une figure ascendante finit par emplir l’espace jusqu’à l’ultime supplique « il est temps que tu viennes ».

Les trois mélodies reposent sur un matériau unique, déployé en variantes contrastées, notamment par différents types de résonance. Par ces jeux de profondeur, acoustiques autant que psychiques, la musique cherche à exprimer la densité intérieure des personnages, leur rapport au passé, à la disparition, à l’angoisse de la mort et à une possible fusion avec la nature.

Ce cycle est ma deuxième incursion dans le genre de la mélodie, après un premier cycle sur des poèmes d’André du Bouchet. Lorsqu’Axel Bauni m’a passé commande, je rentrais d’un séjour de deux ans à Berlin. La langue allemande me paraissait trop intime et trop complexe pour être directement mise en musique. Elle a donc été remplacée ici par une langue poétique française profondément marquée par l’Allemagne. Ce cycle ne cherche pas simplement à « mettre en musique » les poèmes de Lucie Taïeb, mais à en proposer une lecture musicale, subjective, partielle, sensible, qui les traduise dans une autre langue, celle du son, sans trahir leur fragilité ni leur tremblement. La musique devient ainsi un lieu possible de traduction poétique, une tentative de rendre audible ce qui, dans le texte, résiste ou tremble.

Yves Balmer

Deutsch

Dieser Zyklus aus drei Liedern wurde auf Gedichte von Lucie Taïeb komponiert, entnommen ihrem Band Peuplié (Éditions Lanskine, 2019). Lucie Taïeb, geboren 1977, ist Schriftstellerin, Übersetzerin und Wissenschaftlerin. Sie unterrichtet Germanistik an der Universität und verfolgt ein Werk, in dem Poesie und Prosa in enger Beziehung zur deutschen Sprache, zur Erinnerung, zur Metamorphose und zum Verschwinden stehen. Peuplié, durchdrungen von einer prosaischen Dichtung mit gebrochenem Lyrismus, stellt die letzten Liebesgeschichten zweier fiktiver Figuren in den Mittelpunkt – Fredinand Man und Liesl Wagner – und erforscht zugleich das „Abenteuer eines Baumes, der zum Verb wird“.

Für Lucie Taïeb ist Peuplié auch eine geistige Reise durch das deutschsprachige Europa, ein Ort, an dem man „im Gedanken oder im Text auf Heine, Apollinaire, Hölderlin, Bachmann trifft“. Schließlich ist es, so schreibt sie, ein Ort „an dem Fragen an jeden gestellt werden, die aber keine Antwort erwarten: Wie akzeptiert man, was nicht akzeptiert werden kann? Wie kann man aus der Asche neu geboren werden? Ist Poesie entvölkert? Wie lässt sich das Gedicht noch zittern, so wie die Baumkrone zittert, in einer vielfachen, harmonischen, mitteilenden Bewegung?“

Jedes der drei Lieder nimmt eine andere Perspektive in dieser fragmentarischen Erzählung ein. Das erste Lied beschreibt Fredinand, gesehen durch einen undefinierten Erzähler – vielleicht der Pappel selbst. Das Klavier ist hier einstimmig geschrieben, wie eine geschmeidige, geschwungene Linie, die sich um den Gesang windet, wie ein Efeu, der sich um einen Stamm rankt. Allmählich verdichtet sich diese Linie zu Akkorden, die schließlich zur Erstickung der Figur beitragen.

Das zweite Lied ist ein Text von Fredinand, gerichtet an Liesl. Darin beschreibt er seine wachsende Faszination für den Baum, bis er sein eigenes Leben mit dem der Pappel verflochten sieht, als würden sich die Grenzen zwischen Pflanze, Mensch und Verb auflösen.

Das dritte Lied ist ein Text von Liesl – vermutlich von Fredinand gelesen – in dem sie einen Wald beschreibt. Die Szenerie wirkt zunächst idyllisch, fast verzaubert, doch nach und nach erkennt man, dass dieser Ort, voller Tiefe und Schatten, ein unausgesprochenes Trauma verbirgt. Die musikalische Schreibweise evoziert die schnelle und zarte Bewegung der Baumblätter, die Sonne und Wind filtern: stets gleich und doch stets anders; schließlich füllt eine aufsteigende Figur den Raum bis zum letzten Flehen „il est temps que tu viennes“.

Die drei Lieder basieren auf einem einzigen Material, das in kontrastierenden Varianten entfaltet wird, insbesondere durch verschiedene Resonanzarten. Durch diese Tiefenspiele – sowohl akustisch als auch psychisch – versucht die Musik, die innere Dichte der Figuren, ihre Beziehung zur Vergangenheit, zum Verschwinden, zur Todesangst und zu einer möglichen Verschmelzung mit der Natur auszudrücken.

Dieser Zyklus ist meine zweite Auseinandersetzung mit dem Genre des Liedes, nach einem ersten Zyklus auf Gedichte von André du Bouchet. Als Axel Bauni mir den Auftrag erteilte, war ich gerade von einem zweijährigen Aufenthalt in Berlin zurückgekehrt. Die deutsche Sprache erschien mir zu intim und zu komplex, um sie direkt musikalisch zu bearbeiten. So wurde sie hier durch eine französische poetische Sprache ersetzt, die tief von Deutschland geprägt ist. Dieser Zyklus will die Gedichte von Lucie Taïeb nicht einfach „vertonen“, sondern eine musikalische Lektüre anbieten – subjektiv, partiell, sensibel – die sie in eine andere Sprache, die des Klangs, übersetzt, ohne ihre Fragilität oder ihr Zittern zu verraten. Die Musik wird so zu einem möglichen Ort poetischer Übersetzung, einem Versuch, das hörbar zu machen, was im Text widersteht oder zittert.

Yves Balmer

• Création en juillet 2025, Kissinger Sommer (Bad Kissingen).

Concerts à venir et passés

© 2022 par Yves Balmer

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